Compte-rendu de lecture / LANG, Valérie Lottie

La réduction de l’impact environnemental grâce à une maîtrise de la croissance urbaine ou de l’étalement urbain : mixité, densification, qualité de vie optimale, bien-être, éco-quartiers – Étude de cas : projet d’éco-quartier des Batignolles à Paris

par Valérie Lottie Lang, finissante à la maîtrise en architecture, Université Laval, Novembre 2012

Dans un contexte actuel de changements climatiques, un tournant s’opère dans les différents principes d’urbanisme et les villes et territoires doivent alors s’adapter. Ces changements drastiques environnementaux imposent ainsi tout un amalgame de problématiques touchant autant les modes de vie, la consommation et le choix de ressources, mais aussi la composition des villes et du paysage. La problématique ici étudiée est donc celle de la réduction de l’impact environnemental grâce à une maîtrise de la croissance urbaine ou de l’étalement urbain. Plusieurs enjeux sous-tendent cette problématique, les principaux étant la création de tissus urbains mixtes et la réussite d’un compromis entre « densité » et sentiment de « bien-être ». L’espace étant une ressource acquérant de plus en plus de valeur, son optimisation en fait tout un défi, surtout dans un contexte où la prospective démographique mondiale projette toujours une croissance de population. Une solution entrevue serait celle des éco-quartiers où tous partagent des objectifs de quête de densité, de mixité, de qualité de vie et de faible empreinte environnementale. Par contre, les ouvrages démontrent bien qu’il est très complexe de ressortir des mesures objectives générales pour qualifier ces principes de développement urbain durable, puisque en fait, chaque projet est unique dans ses effets, ses influences, sans oublier que chacun se diffère par leur contexte et fluctuent dans le temps, dépendamment du contexte économique, social et politique. Ceci dit, un principe de design urbain durable dans une ville située dans un pays développé ou dans un pays sous-développé n’aura pas la même incidence et ceci s’applique autant à plus petites échelles, telles qu’au centre-ville, en banlieue ou en périphérie. Chaque contexte comporte ses propres finalités, ainsi les principes de design durable ne peuvent être appliqués de façon stricte et uniforme d’un endroit à l’autre, ils se doivent d’être intimement liés à leur environnement, flexibles et adaptés. Par contre, les auteurs n’ont nul besoin de comparaisons pour relever les effets bénéfiques d’ordre général de ces principes de design. Enfin, une tangente importante se dessine entre les ouvrages, soit que l’aspect politique est l’élément crucial et essentiel à l’émergence de nouvelles avancées dans le domaine du design urbain durable.

Les éco-quartiers sont en fait un exemple concret et une solution effective puisqu’ils permettent l’instauration d’une multitude de principes à la fois, dont la maîtrise de la croissance urbaine par le choix réfléchi de l’endroit d’implantation, la préservation des zones naturelles, la création de tissus mixtes favorisant la circulation non-motorisée et les circuits courts, une intégration au contexte avoisinant, la création de lieux calmes, sécurisés et prospères, la mise en place de lois et de documents d’urbanisme et surtout, la réalisation d’une densification optimale. (Lefèvre, 2009) Densification optimale, dans le sens qu’elle se doit d’optimiser et de mettre en jeu le plein potentiel du site sans tomber dans une densification excessive qui amènerait à un appauvrissement de la biodiversité par exemple. L’implantation des éco-quartiers est pour ainsi dire, issue de leur philosophie de base, soit la construction de «la ville sur la ville» (Lefèvre, 2009 : 25) où l’objectif est de de privilégier le remplissage, c’est-à-dire de favoriser les dents creuses, les friches portuaires, militaires, ferroviaires, industrielles ou la requalification d’équipements désuets, défavorisés, protégés ou inconstructibles. À la lumière de cela, on remarque que leur philosophie est non seulement un souci de sauvegarde des terrains de la campagne périurbaine voués à l’agriculture ainsi qu’à la biodiversité, mais aussi le résultat d’une densification repensée, où l’on retrouve surtout une attention particulière au développement à partir de l’existant. L’auteur semble toutefois avoir une opinion partagée au sujet de cette densité. Il proclame que dans certains cas, une utilisation des terres en périphérie urbaine est toujours acceptable pourvu que la densité retrouvée soit optimale (environ 90 logements par hectare), que les parcs urbains soient en grandes quantité et que l’on retrouve tout de même une bonne partie des terres agricoles d’origines. À l’inverse, une utilisation des terres en périphérie urbaine, organisées selon une planification urbaine diffuse (ex. de type pavillonnaire), serait inacceptable, puisqu’alors les terres ne seraient ni optimisées et ni protégées. Ainsi, selon l’auteur, l’urbanisation de l’environnement rural serait tout de même valable, toutefois, selon une certaine mesure. Pour ce qui est de la forme urbaine, celle la plus retenue dans les éco-quartiers est la forme en «U» ou l’îlot ouvert. Notamment, le projet d’éco-quartier des Batignolles à Paris qui est en fait une restructuration d’un site ferroviaire, offre par son implantation, des îlots en U composés généralement «d’immeubles résidentiels de cinq à six étages» qui s’ouvrent sur le parc public central. (voir Fig. 1)

Fig. 1 Plan d’implantation (Source: Avancement du projet, http://www.didierfavre.com/Clichy-Batignolles-Cardinet.htm, consulté le 17 novembre 2012.)

Fig. 2 Perspective extérieure (Source: Article du projet sur le site de la ville de Paris, http://www.paris.fr/accueil/urbanisme/clichy-batignolles-la-grande-reconquete/rub_9650_actu_96821_port_23751, consulté le 17 novembre 2012.)

De surcroît, une certaine hiérarchie et une certaine continuité avec le bâti à proximité se dessine dans le passage de la faible densité à la forte densité. Qui plus est, le découpage des façades et leur morphologie (voir Fig. 2) offrent aussi des variations et contrastes intéressants pour le piéton créant une diversification d’ambiances et nourrissant l’attractivité et le sentiment d’appartenance des résidents. (Lefèvre, 2009) Le projet, dans l’ensemble, se fait semblable aux autres projets de type éco-quartier, et ce, tout en respectant l’ensemble des objectifs de base, expliqué précédemment. Enfin, l’auteur précise tout de même un point assez important, rationalisant un peu le contexte utopiste des éco-quartiers. Il spécifie que ces petits quartiers fleurissants d’une urbanité durable ne seraient «mis en place que pour mieux occulter une incapacité à modifier l’ensemble des politiques urbaines en faveur du développement durable.» (Lefèvre, 2009 : 41) En d’autres termes, il dénonce la faiblesse des pouvoirs politiques à l’application de ces «pratiques urbaines sur la totalité» du territoire urbain, plutôt qu’à une portion limitée de ce territoire.

Mike Jenks, pour sa part, approuve ces derniers propos et va même jusqu’à affirmer que la pauvre performance environnementale des villes est généralement liée à l’échec de la gouvernance en vigueur. (Jenks, 2000) C’est une opinion qui est aussi partagée par l’auteur du nom de Cyria Emelianoff, qui affirme que «l’inadaptation des cadres réglementaires, politiques et fiscaux au développement durable rend particulièrement difficile sa mise en œuvre», (Emelianoff, 2007 :12) l’étalement urbain en serait une preuve concrète. De ce fait, Jenks poursuit et explique pourquoi les zones périurbaines sont de plus en plus convoitées de nos jours. En fait, elles sont aspirées autant du côté de la population plus appauvrie que du côté de la population plus fortunée, ce qui représente une demande faramineuse. Cette aspiration est retrouvée autant pour l’un que pour l’autre puisque d’un côté, le terrain est primordial à la survie parce qu’il est associé à la culture et l’approvisionnement, tandis que de l’autre côté, la surface de terre est plutôt reliée à une qualité de vie plus élevée. Pour y remédier, l’objectif premier serait d’une part de faire accepter la densité chez les plus fortunés et d’autre part, de trouver un moyen de poursuivre l’offre de parcelle chez les plus démunis. En dépit de ces multiples difficultés, certaines solutions sont tout de même amenées. Outre les aspects politiques et gouvernementaux, une des solutions soulevées serait de densifier le bâti à proximité des corridors de circulation et de permettre une meilleure accessibilité à l’ensemble des services. La mixité des fonctions est de ce fait une caractéristique primordiale à la réussite de cette dernière solution. À l’inverse, une autre solution de Jenks serait de décentraliser la densification, soit de créer une hiérarchie, où se dessinerait plutôt un réseau de concentrations. Parmi les solutions les plus simples, il y aurait tout de même la mise en place de ceintures vertes, de corridors verts ou de réserves écologiques. Par la suite, l’auteur précise que la composition de règlements généraux et de solutions plus élaborées demeurent difficiles, puisqu’en général, on retrouve peu d’information sur ce que sont les mesures et les indicateurs appropriés correspondant à une densité efficace. (Jenks, 2000) Emelianoff tente de son côté une explication à cette problématique, toutefois elle rejoint en tout point celle émise par La Charte d’Aalborg européenne. Ils affirment toutes deux que «la ville durable est toujours relative à des contextes géographiques, ce qui rend peu comparables, les politiques…La spécificité des milieux géo-historiques, écologiques et culturels,…demande une adaptation des politiques à chaque contexte et singularité urbaine». (Emelianoff, 2007 : 7) En résumé, le caractère unique attribué à chaque projet expliquerait le peu d’information diffusé sur la manière de mesurer la densité ou la façon de choisir telle ou telle solution par exemple. Ce qui expliquerait aussi le manque de finalité dans les différentes solutions proposées.

Somme toute, on remarque une complexité dans la planification urbaine durable, cependant elle se veut compréhensible grâce à l’édification de grands principes généraux. Les éco-quartiers en sont la preuve concrète. Organisés et planifiés, ces éco-quartiers sont les poumons de la ville et les protecteurs du paysage, mais serait-il utopiste d’affirmer qu’ils incarnent la solution parfaite? Seront-ils vraiment adaptables et flexibles dans le cas d’une densification, d’un développement ou d’une transformation future? Seront-ils autant loués dans quelques décennies? Résisteront-ils à l’urbanisation future, à l’instar des parcs publics connus ou deviendront-ils seulement qu’un vague souvenir heureux, d’une planification urbaine réfléchie? Certes, ils auront marqué un tournant dans le design urbain durable. Il est toutefois important que certains pouvoirs politiques prennent davantage exemple sur cette façon d’opérer, surtout dans le contexte actuel de changements climatiques alarmant. Freiner la croissance urbaine se veut aussi possible grâce à la densification des quartiers, cependant elle ne peut être appliquée à l’aveuglette. Certaines villes, notamment dans les pays en voie de développement, présentent déjà une densité élevée et augmenter celle-ci ne ferait qu’aggraver la situation et les effets néfastes que peuvent engendrer les villes, telles que les îlots de chaleurs, la congestion des équipements urbains, les émanations de CO2, la pollution sonore, la contamination des eaux, etc. Il est alors nécessaire d’appliquer les différents principes et propositions urbaines consciencieusement. Toutefois, le constat qui surgit est celui de cette absence de critères et mesures qui servent à encadrer le concepteur ou du moins le diriger vers une solution plutôt qu’une autre. Malgré la complexité et l’absence de variables exponentielles, une sensibilisation à la recherche de ces finalités devrait être engagée. Enfin, dans le but d’une réussite des multiples principes de design urbain, un aspect devra être mis en lumière rapidement, soit celui du contexte social. Ceci s’explique aisément, puisqu’il est le pilier de tous les changements. Sans motivation des citoyens, sans sensibilisation chez les élus politiques, sans réelles attentions au domaine, aucune intervention ne verra le jour et aucun changement ne s’opérera. Le temps est aussi d’une importance capitale, car, il ne faut pas l’oublier, entreprendre ce combat, nécessite aussi une capitalisation dans la mentalité et dans le mode de vie de la population. Une capitalisation qui ne se réalise que dans le temps, un temps qui n’attend pas. 

RÉFÉRENCES

Textes scientifiques

BURTON, ROD ET MIKE JENKS. (2000)Compact Cities in the Context of Developing Countries”. Compact cities: sustainable urban forms for developing countries, London: Taylor & Francis Group, 1-31.

EMELIANOFF, CYRIA. (2007) La ville durable : l’hypothèse d’un tournant urbanistique en Europe. Éditions Armand Colin, 1-20.

LEFEVRE, PIERRE ET MICHEL SABARD. (2009) “ La problématique des écoquartiers . Les Écoquartiers, Rennes : Éditions Apogée, 1-67.

 

Liste des figures

Figure 1

Avancement du projet, http://www.didierfavre.com/Clichy-Batignolles-Cardinet.htm, consulté le 17 novembre 2012.

Figure 2

Article du projet sur le site de la ville de Paris, http://www.paris.fr/accueil/urbanisme/clichy-batignolles-la-grande-reconquete/rub_9650_actu_96821_port_23751, consulté le 17 novembre 2012.

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