Analyse conceptuelle

Ce projet de développement repose sur 6 orientations.

1. Planification urbaine basée sur le concept «GÉNIE DES LIEUX»
Si l’on se fit à la définition même du terme «Genius loci», l’aménagement paysager devrait être adapté en fonction de la nature du lieu, c’est-à-dire l’habitat et l’agriculture doivent être modifiés selon l’environnement naturel qui les reçoit. (Patterson, 2005)
En tenant compte de ce constat, l’équipe de travail effectua un inventaire des qualités du site qui devaient être préservées ou encore accentuées au cours du processus de création. Le design du quartier reflète donc le respect du lieu déjà existant. Les ateliers préconcept
ont permis de dégager plusieurs thèmes à intégrer dans le plan d’urbanisme du quartier, soit : l’eau, l’énergie et un environnement profondément marqué par l’agriculture. Ces thèmes se reflètent autant dans l’aménagement des espaces verts que dans l’architecture des bâtiments. Il demeure intéressant de préciser que la qualité urbaine du site est due à deux autres principes, soit la symbiose entre l’architecture et le paysage existant ainsi
que la mixité de fonctions (résidentiel, bureaux, loisirs).

Les schémas précédents démontrent les qualités paysagères du site telles que la structure du sol, la zone résidentielle historique, la formation d’infiltration, les transporteurs écologiques, d’anciens cours d’eau, des paysages saisissants, plantes précieuses et les fermes typiques. Par la suite, l’influence majeure du zonage des espaces verts est primordiale pour le principe de permaculture.

L’emboîtement de 4 types d’espaces verts (privés, semi-publics, publics, ferme) est mené par le principe de mieux-vivre ensemble. En comparant les intentions de départ du «génie des lieux» au plan d’occupation du sol, on peut constater que l’intégration des environnements écologiques au tissu urbain se fait de manière cohérente. La disposition des logements – en arc de cercle autour des jardins communautaires ou d’un carré verdoyant – renforce la dimension naturelle et collective du lieu. Cette forme urbaine
originale crée, en même temps, une densité végétalisée. Des transitions douces marquent les frontières entre le domaine privé et le domaine partagé. Une trame de quatre grands espaces verts communique avec des jardins privatifs. La zone de bureaux comporte
également des fonctions d’habitat et du travail.

Les nombreux dispositifs écologiques du projet comptent un circuit fermé d’eau, un système de traitement des eaux, une unité de production de biogaz, l’utilisation de matériaux de construction durables, le recours aux énergies renouvelables et une production alimentaire biologique. Le quartier est entièrement autosuffisant d’un point de vue énergétique.

2.SYSTÈME DE GESTION DE L’EAU


Cette orientation fut élaborée dans l’objectif de préserver l’eau de bonne qualité tout en évitant le déversement des eaux usées dans les milieux naturels. Pour guider dans cette optique de réutilisation, plusieurs moyens furent appliqués. Concernant les eaux de pluie, la récupération s’effectue par un réseau de tuyaux fermés à partir des toits qui s’achemine vers un des 5 bassins de rétention d’eaux pluviales. Les eaux claires des voieries sont recueillies par un système de tranchées conçu à cet effet. Pour les eaux grises (cuisines et machines à laver), ces dernières sont collectées dans des serres où elles sont purifiées par des roseaux afin qu’elles soient réinjectées dans des canaux. Il demeure intéressant de préciser que les eaux noires (toilettes) sont traitées séparément, car elles se divisent en deux types de liquides. Les fluides sont filtrés et les boues solides sont utilisées pour la fabrication de biogaz qui contribue à la production d’énergie. Toutes ces interventions écologiques ont des répercussions sur le paysage naturel et bâti du site. Des
alternatives de design sont utilisées dans le but d’offrir un développement durable de qualité.

3. SYSTÈME D’ÉNERGIES RENOUVELABLES

Cette avenue se base, à priori, sur l’usage de l’énergie solaire passive, sur la qualité de l’isolation et sur l’électricité photovoltaïque. Toutes ces sources énergétiques renouvelables diversifiées assurent une autosuffisance énergétique non à l’échelle d’une maison, mais à celle du quartier. Plusieurs moyens sont employés : installation de petites éoliennes canadiennes, station biomasse pour la cogénération de chaleur et d’électricité, panneaux photovoltaïques et thermiques, usine de biogaz, géothermie. L’objectif ultime demeure de réduire l’empreinte écologique de chaque habitant en les soumettant à des normes municipales obligatoires dans la construction du bâtiment. À l’échelle de l’habitation, le concept énergétique se résument à éviter l’utilisation inutile ce qui amène à préconiser l’utilisation durable.

4. ARCHITECTURE
Le principe de fermeture des cycles de vie des matériaux est très exploité dans ce volet. Au niveau des matériaux de construction, ils sont sélectionnés méticuleusement selon les critères de provenance, de transport, de production, d’utilisation et de recyclage. Afin
d’encourager une diversité architecturale agréable à vivre, plusieurs bureaux d’architectes sont engagés ce qui entraîne une panoplie de mesures constructives à l’aide de matériaux
écologiques. Il demeure intéressant que les initiatives des particuliers sont admises et cela renforce cette dernière idée. Pour la typologie résidentielle même, on préconise une utilisation durable des matériaux tels que l’isolation naturelle (laine et cellulose), peintures naturelles et bois certifié. Au niveau de la conception architecturale, l’orientation du bâtiment est un point important pour l’énergie solaire. De plus, il s’avère que l’architecture bioclimatique est une alternative très utilisée dans ce quartier.

5. MOBILITÉ

Situé à proximité de la gare de Culemborg et de quelques arrêts de bus, le quartier jouit également d’un accès à un réseau rapide et agréable de pistes cyclables et cheminements piétonniers. Le coeur du quartier est interdit aux voitures (sauf livraisons). Le ratio correspondant à la possession d’une voiture par ménage est de 0.7. Le stationnement se fait à l’extérieur de la zone principale d’habitation. Un système d’auto-partage a également été mis en place. L’ aménagement d’une zone de bureaux à l’intérieur du quartier permet une intégration des espaces de travail dans l’habitat. Les déplacements domicile-bureau en sont d’autant plus minimisés qu’un certain nombre de résidents travaillent sur place à la ferme urbaine ou au centre d’information EVA.

6. PARTICIPATION CITOYENNE
La construction aura pris plus de temps à réaliser qu’un projet mené par un développeur privé, mais aura permis de réaliser bien plus.
EVA-Lanxmeer est un projet où les habitations répondent aux besoins des habitants et reflète une communauté réussie au plan social et écologique. L’approche « bottom up» du projet EVA-Lanxmeer démontre des résultats positifs sur la sensibilisation d’un comportement durable au quotidien. Le processus global visait à donner un plus
grand contrôle aux habitants sur leurs actions en intégrant la préservation dans le cadre bâti quotidien.
Le projet EVA-Lanxmeer a transformé la relation état-citoyen, normalement considérée comme linéaire où le respect du pouvoir et de la hiérarchie prime. Dans le cas du projet en question, il s’agit plutôt d’une collaboration où il y a eu un intérêt pour impliquer tous les partis le plus tôt et de manière active. Parmis les acteurs impliqués, on y retrouvait des architectes (des Pays-Bas et d’ailleurs), consultants, agences de développement urbain, ministères, bailleurs de fonds privés, fondation privée EVA, municipalité, entrepreneurs, paysagistes et futurs résidents. Il s’agit d’une coopération interdisciplinaire et d’une forme de partenariat nouvelle entre une ville et une fondation privée. Non seulement ce fut un mode de production participatif entre futurs habitants et professionnels, mais il s’agit également d’un mode de vie participatif.

«Cette approche croisée s’est révélée féconde : elle a bouleversé les cloisonnements habituels des rôles, stimulé la recherche et l’innovation.» (Bolhus, 2006 : 23)

L’approche de co-production exige de reconnaître l’importance du rôle de chacun des acteurs impliqués dans le projet et de reconnaître l’existence des dépendances mutuelles. Parmi la panoplie d’acteurs impliqués, il était nécessaire d’avoir des acteurs phares (designers en collaboration avec le gestionnaire de concept et le gestionnaire du processus) qui dirigent le processus de transformation et développent des alternatives pendant que le processus suit son cours. Cette stratégie permit de mettre en place six  modèles de maisons au plan flexible.

L’approche d’interaction a permis de travailler lentement, éviter les décisions précipitées et réfléchir au lien entre la suprastructure (ce qui est désiré) et l’infrastructure (comment atteindre ce but). Cette étape du processus global aura mené au partage des connaissances et à l’adoption d’une vision partagée des plans d’urbanisme. Cette phase aura duré trois (3) ans d’études et de concertation entre la fondation, l’équipe municipale, les architectes et le collectif de futurs résidents en raison de la sensibilité du site. En intégrant une approche de démocratie participative (design et gestion), les acteurs ont participé à un processus d’ateliers, de réunions et de cours magistraux pour définir le concept urbain voulu afin de participer à la création de leur milieu de vie.
L’implication des habitants va au-delà du design et de la construction. La structure de la coopération doit pouvoir supporter un processus dynamique continu et ouvert afin que des changements puissent être apportés en tout temps. Ce processus de «place making» flexible doit permettre à l’espace physique d’être modelé pour être le miroir de ce que désirent les occupants. La communication et l’implication ont été vitales dans le processus. Les futurs habitants ont établi leurs besoins et travaillé avec des professionnels à l’élaboration du plan d’urbanisme. Le tout, dans le but de faire des propositions d’aménagement plus modestes, à dimension humaine.

Le projet EVA-Lanxmeer est également un processus d’apprentissage puisque l’ensemble du projet a été découpé en petits quartiers qui ont été développés les uns après les autres et non simultanément («neigbourhood approach»). Il s’agissait d’apprendre des précédents et d’appliquer les innovations nécessaires dans les phases suivantes de réalisation. Ce processus d’apprentissage est continu, puisqu’il se réalise également bien après l’édification du quartier. Les habitants ont signé un contrat avec la mairie pour être eux-mêmes responsables de l’entretien des espaces verts de l’éco-quartier. Il s’agit de l’association TerraBella, qui regroupe de nombreux citoyens du quartier, dans le but de les réunir pour des journées de corvées saisonnières, l’entretien du verger et d’aménagement paysager.

La participation aux activités communes est cependant facultative. L’interdiction d’utiliser du détergent de chlore, de stationner sa voiture en face de sa maison et de clôturer son terrain, sont les seules obligations restrictives. Ces éléments sont des prérequis, appuyés par un accord municipal, pour les futurs habitants désirant s’installer dans le quartier.

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